360 000 français se sont adonnés à la plongée sous-marine avec bouteilles en 2010 selon Plongée magazine. Depuis le mois de juin, bon nombre de médias rapportent des accidents de plongée. L’été est propice à cette activité physique qui nécessite de s’entourer de précautions afin d’éviter tout accident, surtout si vous la pratiquez occasionnellement. La plongée sous-marine ne s’improvise pas. L’eau est un environnement hostile qu’il faut respecter quand bien même plonger est un réel plaisir dans lequel l’état méditatif est facilement éteint. 

Dans l’inconscient collectif, il s’agit d’un loisir, mais légalement la plongée subaquatique avec bouteilles est une discipline à contraintes particulières au même titre que l’alpinisme, la spéléologie, le sport automobile, aéronautique, le rugby et celles pouvant se terminer par KO. À ce titre, ces pratiques sportives exigent la production d’un certificat médical annuel (contre un tous les 3 ans pour les autres sports). 

La plongée n’est pas si anodine que cela. Et pour cause, elle nous fait évoluer dans un environnement inhabituel pour nous, bipèdes terrestres.

Le milieu aquatique est régi par des lois physiques qui modifient nombre de paramètres physiologiques : loi de Boyle – Mariotte qui nous apprend que plus la pression augmente, plus le volume diminue, loi de Dalton, loi de Henry, loi de Starling, etc… À chacune de ces lois correspond un accident de plongée. Certains de ces accidents affectent directement le coeur ou entraînent sa participation.

Commençons par le bloddshift (ou érection pulmonaire en Français). Dès que vous vous immergez, la pression de l’eau sur votre corps chasse le sang des extrémités vers le centre de l’organisme. Ajoutez à cela la pression de la combinaison en néoprène. Et, pour peu qu’il fasse un peu froid, la vasoconstriction des artères périphériques pour redistribuer le sang vers le noyau central afin de garder la chaleur pour les organes internes. Finalement, 500 ml et 1 l de sang sont déplacés vers le thorax, le coeur devant faire face à un afflux de sang supplémentaire. S’en suit une augmentation des pressions en amont de la partie gauche du coeur, c’est à dire au niveau des poumons. La pression dans les capillaires augmente au point de les rendre poreux. Le plasma (l’eau du sang) quitte les capillaires pour noyer les alvéoles, empêchant l’oxygène d’approvisionner le sang. Le plongeur commence par tousser, puis par être essoufflé, éventuellement avec production de crachats sanglants, (hémoptysie) avant de présenter dans les cas extrêmes un véritable oedème du poumon. Cet accident peut survenir en surface chez un simple nageur en raison de cet effet bloodshift. Il est favorisé par le froid, l’anxiété, l’effort physique. Il est plus fréquent chez les patients aux antécédents et/ou aux facteurs de risque cardiovasculaire.

Continuons par les accidents de désaturation ou de décompression. Plus nous plongeons profondément et plus nous plongeons longtemps, plus les bulles de gaz vont se dissoudre dans le sang et dans les tissus. Plus nous remontons, plus ces bulles vont réapparaitre. Nous devons alors faire des paliers de décompression, afin de les évacuer par les poumons. Si nous ne respectons pas ces paliers, le nombre de bulles va augmenter. Celles-ci vont s’agréger et augmenter de volume, puis abimer l’endothélium (la paroi interne de nos vaisseaux) et finir par boucher nos artères ou nos veines. Les bulles se forment plutôt au niveau de nos veines où elles vont pouvoir être captées et s’évacuer par nos poumons qui servent de filtre, évitant ainsi les complications. Dans certaines situations, il arrive que les bulles passent dans nos artères occasionnant alors un tableau d’AVC (accident vasculaire cérébral). Trois conditions expliquent la survenue d’un accident de désaturation à type d’AVC. Tout d’abord, il faut une production de bulles comme décrit ci-dessus ; ensuite il faut l’existence d’un shunt, autrement dit d’un raccourci, un court-circuit entre oreillette droite et gauche (Communication interauriculaire, CIA, ou Foramen Ovale Perméable, FOP) ou ventricule droit et gauche (Communication interventriculaire, CIV) ; enfin un gradient de pression entre les cavités droites et gauches (effort à glotte fermée type Valsalva). 

1/3 de la population présente un FOP. L’accident de désaturation représente 2 accidents sur 10 000 plongées. Compte tenu de sa relative rareté par rapport au nombre conséquent de FOP, il est inutile de dépister ou de contre-indiquer les porteurs de FOP à la pratique de la plongée sous-marine. Voyons plutôt les moyens d’éviter ce type d’accident.

Il existe trois autres accidents de plongée où le coeur n’a pas un rôle prépondérant. Je les cite simplement : 

  • Les barotraumatismes liés à la pression de l’eau sur le corps et aux variations de volume en fonction de la pression ;
  • Les accidents biochimiques secondaires à une intoxication des gaz respirés ;
  • la noyade qui peut compliquer n’importe lequel des quatre précédents accidents.

Enfin, les contre-indications cardiologiques en plongée sont nombreuses. Il conviendra de toujours s’adresser à un médecin fédéral en cas de maladie cardiaque chronique. 

 

Forts de ces quelques précautions, à votre détendeur !

Globalement, ne plongez qu’une seule fois par jour (fuyez les clubs qui vous proposent 3 sorties le même jour). 

Avant toute plongée

  • Procédez à 45 min d’exercice physique, 2 heures avant la mise à l’eau. Une bonne hydratation, un sauna ou encore l’exposition aux vibrations (power plate, ou un trajet en zodiac sur une mer formée), contribuent à faire disparaitre des bulles préexistantes.

Après la plongée, 

  • Évitez tout effort physique dans les 6 heures qui suivent votre sortie de l’eau, c’est à dire que vous ne devriez même pas sortir votre bloc de l’eau ni le porter une fois arrivé à terre. 
  • Respectez également les délais avant de prendre l’avion et prenez garde à toute ascension si vous plongez dans un lac de montagne.

Pendant la plongée

• Respectez évidemment les tables de décompression. À savoir : ces tables ont été élaborées à partir de plongées militaires en excellente condition physique. Quant aux ordinateurs de plongée, leur algorithme est lissé, moyenné et finalement assez éloigné de la réalité ;

• Évitez les plongées en eau froide ;

• Privilégiez les plongées carrées (je descends à une profondeur, j’y reste et je remonte à la surface, par opposition aux plongées yo-yo : je descends, je remonte un peu, je redescends davantage encore, pour remonter, puis redescendre, etc…). 

• Enfin, il est recommandé de plonger à moins de 30 mètres. Idéalement vous pouvez plonger au nitrox tout en suivant les tables de décompression d’une plongée à l’air. Si vous deviez faire deux plongées dans la même journée, évitez les plongées inversées. Autrement dit, préférez la plongée la plus profonde en premier.